OGM, agroécologie…qui voulons-nous servir?

champs agro écologie 

Le journal La Croix du 25 février 2014 a consacré aux OGM une enquête bien partiale. Sous couvert d’un appel au dialogue et à la liberté, cette double page a choisi de laisser largement la parole aux partisans des OGM, issus des instituts promoteurs de la « révolution verte » qui a entraîné la disparition du monde paysan, le ravage des paysages, un désastre environnemental et dont on commence à prendre conscience des méfaits en termes de santé publique.

L’argumentaire des pro-OGM livré dans La Croix est double et bien connu. Tout d’abord les OGM seraient la solution miracle pour lutter contre la faim dans le monde. Benoit XVI déclarait lui dans «Caritas in veritate», « La faim ne dépend pas tant d’une carence de ressources matérielles, que d’une carence de ressources sociales». De nombreux experts ont la même analyse et proposent d’autres voies. S’appuyant sur des publications scientifiques, le rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation pour l’ONU, Olivier De Schutter a montré que l’agroécologie était le mode de développement agricole qui produisait les meilleurs résultats en matière économique et garantissait le droit à l’alimentation, gravement mis à mal dans le cadre libéral et productiviste.

Second argumentaire : les OGM permettraient de réduire les traitements fongicides. Pourtant le rapport Charles Benbrook a montré qu’aux USA depuis l’introduction massive de cultures OGM, on observe une explosion de l’usage de pesticides. Rien qu’en 2008 l’utilisation de pesticides sur les cultures OGM a augmenté de 26%. Cette augmentation des quantités de pesticides utilisées sur les cultures OGM est presque entièrement expliquée par l’apparition d’herbes concurrentes devenues résistantes aux herbicides à base de glyphosate.

Cet argumentaire philanthropique avait déjà été utilisé auprès des plus hautes instances de l’Eglise. Le site d’information WikiLeaks a révélé les pressions et le lobbying très actif de Monsanto et des Etats-Unis auprès du Vatican pour le pousser à se prononcer en faveur des OGM, présentés par l’ambassade américaine près le Saint-Siège comme un « impératif moral », « en insistant sur les bénéfices économiques des OGM pour les fermiers des pays en voie de développement ». Au Vatican pourtant malgré toutes ces pressions on appelle au « principe de précaution ».

De nombreuses organisations chrétiennes se sont déjà positionnées contre les OGM. La Conférence des Évêques catholiques aux Philippines en février 2003 a demandé au président Gloria Macapagal-Arroyo de reporter l’autorisation du maïs GM prise en 2002. Les évêques catholiques d’Afrique du Sud ont déclaré : « Il est moralement irresponsable de produire et de commercialiser de l’alimentation GM »…. Toujours en 2003, au Brésil, 14 évêques ont condamnés dans une déclaration commune les cultures transgéniques, arguant des risques sanitaires, des conséquences environnementales dont l’érosion de la biodiversité et l’atteinte à la souveraineté du Brésil…

Les militants anti-OGM revendiquent donc des formes d’agricultures écoresponsables, les droits à l’eau, à la terre, à la souveraineté alimentaire et aux semences. Pour eux comme pour la doctrine sociale, la quête du bien commun et le respect de la dignité humaine doit toujours primer sur celle du simple profit financier.

En revanche cette quête du bien commun est bien difficile à imaginer chez des grands groupes internationaux de l’industrie agroalimentaire, qui ont d’abord comme premier souci leur rentabilité financière !

Le cardinal Turkson, à la tête du Conseil pontifical Justice et Paix, interrogé sur l’utilisation des OGM comme solution au problème de la faim, a d’ailleurs déclaré se demander honnêtement «s’il ne s’agit pas plutôt d’un business pour enrichir certains. Un soupçon permis étant données les nombreuses expériences mûries dans mon pays ».

Il est grand temps que les catholiques comprennent que les OGM constituent une grave atteinte à la diversité du vivant et à la diversité d’un monde paysan voué à le faire fructifier. En cela, les OGM sont simultanément un enjeu d’écologie humaine et environnementale.

Dans ce choix entre OGM et agroécologie, qui voulons-nous servir? Les froids et cyniques calculs de l’industrie agro-alimentaire ou bien la vie dans sa foisonnante et mystérieuse diversité? Les puissantes multinationales qui n’appréhendent le vivant qu’en vue de son instrumentalisation, de sa standardisation et de sa marchandisation ? Ou bien le Dieu créateur, qui nous appelle à annoncer son Evangile à toute la création, et à reconnaître dans chacune de ses créatures une étincelle de sa gloire?

Fraternité des chrétiens indignés

abeille-ogm

 


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