Diaconia 2013 : témoignage d’une fraternité en actes

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Diaconia a commencé pour moi par une grande tristesse, celle de voir mon ami D. de la Fraternité des Parvis ne pas me suivre à Lourdes en dernière minute. Heureusement, pour préparer ce rassemblement j’avais rejoint Magdala, une belle association lilloise oeuvrant auprès, et avec, des personnes en précarité. C’est donc avec ce groupe de 16 personnes, dont 10 « ayant l’expérience de la précarité » que nous sommes partis.

Mercredi 8 mai, départ 5h.
Assis au fond du bus avec mes 15 compères, nous nous préparons pour cette longue traversée de la France. Soudain notre amie M.C. , qui a besoin d’aller souvent aux toilettes lance à tue-tête alors que nous abordions ce sujet trivial mais vital en prévision des 15 heures de bus. « De toute façon tout ce qui tombe de mon derrière est béni par le Seigneur et en plus, c’est du bio ! ».
Et bim, le ton est donné ! Vive Diaconia ! Vive la fraternité !

Le voyage se passe calmement, ponctué des exclamations de MC, très en forme et heureuse de ce voyage. MC et son don d’émerveillement « oh, c’est beau ces lumières » (dans les tunnels des autoroutes, ou au péage). De pauses en pauses nous arrivons à Lourdes le soir, épuisés mais heureux et prêts à nous laisser guider. Je sais que ce qui m’attend ne sera pas de hauts débats théologiques ni de grands enseignements, mais une Fraternité en actes.
La fraternité chrétienne est mise à l’épreuve dès le premier jour. Mon colocataire de chambre est un type très sympa, mais terrible ronfleur. De longues heures d’insomnie pour démarrer ce rassemblement, ça commence mal…

Jeudi 9 mai
Toute la matinée sera consacrée à un temps de lancement. Pendant 3 heures, dans la basilique St Pie X, nous avons entendu divers témoignages. Aux dires de beaucoup, le temps le plus marquant du rassemblement. Comment résumer ? Par cette phrase peut être, cœur de la démarche de Diaconia « Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à dire ». Le groupe « Place et parole des pauvres » a longuement témoigné. Il s’agit d’un groupe constitué de personnes ayant l’expérience de la précarité comme on dit. Des Pauvres. Et des pauvres qui parlent, qui témoignent devant 12.000 personnes du fruit de leur travail. Et je me surprends à noter fébrilement tout ce qui se dit, tellement c’est beau et profond, comme si c’était Fabrice Hadjadj qui parlait ! Prendre des notes pendant qu’un pauvre parle, ce n’est pas si fréquent, ça n’arrive jamais peut être. J’entends : « Enlever la honte de ne pas être instruit », « la réconciliation et le pardon c’est le chemin de la Fraternité », « l’amour des riches pour les pauvres, c’est de leur demander quelque chose, plutôt que de leur donner », « Jésus, comment parler de Toi quand on se sent si sale ? ».
Un reportage sur l’aumônerie de la prison de Bézier touche l’assemblée. Ces détenus nous parlent d’eux, du Christ. On les écoute tous, ébahis, touchés par leur foi. Quelqu’un parle de ce tag, lu sur les portes fermées d’une église « Ouvrez les portes, Dieu est à tous… ».
Ce rassemblement sent bon le frais et le frère. Puis un Jésuite, Etienne, nous apporte quelques éclairages théologiques sur la Diaconie. A peine nécessaire, oserais-je dire, après ces témoignages poignants. Poignants mais pas larmoyants.
« La diaconie c’est être au service, c’est rendre ce que nous-mêmes nous avons reçu. C’est être messager, accueillir ce qui vient de Dieu et le porter, le faire vivre. C’est ouvrir ce qui en nous est fermé, fuyant, étriqué. La résurrection du Christ c’est le rappel que ce message, rien ni personne ne pourra l’effacer ».
Dans l’après midi, se déroulent divers ateliers auxquels je n’ai pas pu beaucoup participer ; ensuite ce fut la messe de l’Ascension. Messe très belle, très liturgique, célébrée par l’archevêque de Dakar. L’homélie eut le mérite de susciter de nombreuses réactions et échanges sur l’Eglise d’aujourd’hui…
Vendredi d’autres ateliers et forums eurent lieu le matin. J’assistai pour ma part à celui intitulé « vivre en frère dans les grands ensembles », animé par la Mission Ouvrière de Rennes. De beaux témoignages, même si les propositions sont restées très générales et vagues. L’occasion de nous rendre compte que même dans ces ateliers, laisser la parole à des personnes en précarité est loin d’être gagné. La tentation est grande de faire pour, de parler pour celui qui s’exprime mal et qui souvent est bien heureux de rester dans son coin, habitué qu’il est à ce qu’on parle pour lui, ou de lui.
L’après midi, je suis allé avec quelques-uns de Magdala à un concert de Gospel, où notre amie et chanteuse MC a pu laisser libre cours à sa joie et à son amour du chant ! Puis messe célébrée par Msgr Ulrich pour les fidèles de son diocèse.
Le soir, grande fête dans la Basilique. Deux heures de chants, de danses, de spectacles pendant lesquels nous étions tous très euphoriques !
La soirée s’est prolongée dans les chants pour certains ou en temps de prières pour d’autres. Pour ma part je suis allé avec MC et JM à un temps organisé par l’Arche. Dans l’Eglise Ste Bernadette, un temps d’adoration était proposé ainsi qu’un temps de lavement des pieds. Temps très fort du service de l’autre et de prière fraternelle. MC, dont la vie est bien rude a été très touchée de se faire laver les pieds par un prêtre. Puis ensemble nous sommes allés à la fameuse grotte. Avant d’entrer MC, toujours elle, m’a demandé « euh , dans la grotte on peut acheter des souvenirs ??» !
Samedi matin temps de clôture, lecture de la déclaration finale de Diaconia. Texte fort mais qui aurait pu aller plus loin et être plus explicite sur le « faire avec » et non « se pencher sur ». Et là on comprend que Diaconia n’est qu’une étape, que beaucoup reste à faire, en nous et dans l’Eglise, pour la rendre, pour nous rendre, davantage servants.
Puis messe et homélie du tonnerre de Mgr Vingt-Trois. Une homélie qui a déclenché de nombreux et mérités applaudissements. Inhabituels pour une homélie mais cela venait tellement du cœur de chacun. Des élans de notre bon pape François dans les mots du cardinal !!
L’heure de se quitter, de se rendre compte que ce que nous avons vécu était historique, fondateur pour l’Eglise. A chacun de se l’approprier, de le faire vivre afin que Diaconia ne soit pas juste une parenthèse. Graver dans notre cœur que les pauvres, ce sont ceux qui nous montrent le chemin, qui nous éveillent à la présence de ce Dieu faible. Se convaincre enfin que la Fraternité n’est pas une option, c’est une nécessité. Et témoigner de tout ça, chacun dans sa paroisse. Un peu triste d’ailleurs au retour de découvrir que quelques amis, pourtant catholiques pratiquants, n’ont même pas entendu parler de Diaconia…La route est encore longue, au sein même de l’Eglise.

Et puis c’est reparti pour 15 heures de bus. Le départ est joyeux, le cœur léger et les bouteilles pleines d’eau de Lourdes ! L’ambiance est chaude, les chanteurs se relaient au micro, les religieuses racontent blagues sur blagues. Ca parle, ça partage, il faut le temps que tout ça descende, décante.
Quelle joie d’avoir vécu ces jours avec Magdala. Magdala, c’est Diaconia en petit, c’est le pauvre, le fracassé à qui on demande son avis, qui nous éclaire de son sourire. C’est comme nos mercredis soirs, dans notre petite Cour des Miracles du Faubourg de Béthune, où j’ai tant de joie à être. C’est la Fraternité en acte, avec des gens qu’on n’a pas choisis, mais qu’on apprend à aimer chaque jour un peu plus !
Allélujah !

Yann Fillebeen pour la fraternité des chrétiens indignés


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